L’ancien président de la transition burkinabè, Paul-Henri Sandaogo Damiba, renversé en septembre 2022 par le capitaine Ibrahim Traoré, a été interpellé puis expulsé du territoire togolais le 16 janvier dernier, où il vivait en exil depuis sa chute du pouvoir. Mardi 20 janvier 2026, le gouvernement togolais a officiellement confirmé  l’extradition de ce dernier accusé par les autorités burkinabè d’être impliqué dans plusieurs tentatives de déstabilisation et de putsch contre le régime de transition en place.

Selon les autorités de Ouagadougou, cette décision s’inscrit dans une logique de lutte contre les menaces sécuritaires et de préservation de la stabilité du pays.

Pour mieux comprendre les enjeux politiques et géostratégiques de cette expulsion, Dr Diaby Aboubacar Demba, enseignant-chercheur et spécialiste de la géopolitique du monde contemporain et des relations internationales, livre son analyse.

« Paul Damiba était au pouvoir jusqu’à l’arrivée du capitaine Ibrahim Traoré. C’est à l’issue de ce coup d’État que Paul Damiba s’est réfugié au Togo, où il vivait sous la protection des autorités togolaises. À un moment donné, il y a eu des accusations de déstabilisation politique au Burkina Faso, au cours desquelles le capitaine Ibrahim Traoré a mis en cause le Togo et la Côte d’Ivoire. Cela a conduit les autorités burkinabè à demander l’extradition de Paul Damiba. Pour des raisons de bon voisinage et de sécurité sous-régionale, je pense que les autorités togolaises ont prêté une oreille attentive à cette demande », explique Dr Diaby.

Selon l’analyste, l’expulsion de l’ancien président de la transition vise avant tout à neutraliser les foyers de déstabilisation opérant depuis l’étranger et à renforcer la sécurité du régime actuel.

« Cette décision intervient maintenant parce qu’il y a eu plusieurs tentatives de déstabilisation. À chaque fois, l’ancien président Paul Damiba et ses alliés sont indexés. Pour trouver une solution idoine aux problèmes sécuritaires du Burkina Faso, les autorités ont jugé nécessaire de demander son extradition. L’impact positif attendu est une stabilité à l’intérieur du pays, car une menace géostratégique a été neutralisée », estime-t-il.

Dr Diaby souligne néanmoins que cette situation comporte aussi des risques pour la gouvernance du capitaine Ibrahim Traoré, notamment en matière de sécurité intérieure.

« L’impact négatif potentiel, c’est qu’il existe des partisans de Paul Damiba à l’intérieur du pays et même au sein de l’armée. Il ne faut donc pas baisser la garde afin d’éviter toute logique de vengeance », avertit-il.

Dans un communiqué publié lundi, le gouvernement togolais, par la voix du Garde des Sceaux, ministre de la Justice et des Droits humains, a réaffirmé son attachement au respect de l’État de droit, à la coopération judiciaire internationale ainsi qu’aux engagements régionaux et internationaux du Togo.

Bountouraby Kader Camara

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